Cigale

Cigale, ma toute belle,
Tout l’été tu fais la crécelle
Les platanes te servent d’ombrelle
Cigale, ma pitchounette,
Juillet arrive, toi tu es prête
Tout le jour tu « ksss » à tue-tête

Cigale, ma belle noiseuse,
Dans cette société de fourmis
Tu es une brebis galeuse
Cigale, petite oiseuse,
Dans cette économie de profit
Tu passes pour une sacrée branleuse

Cigale, ma jolie,
Chanter, danser, c’est pas une vie
Et encore moins la poésie
Cigale, ma chérie,
La seule Gale qui ait réussi
S’appelle France, c’était écrit

Cigale, ma cici,
On ne fait rien avec des si
A part embouteiller Paris

Nus

La terre

la terre voluptéTe pétrir lentement, te façonner, épouser tes formes, construire en te caressant le plus beau des châteaux.

Entrer dans tes douves, ériger tes tours, irriguer tes tranchées, défendre ton pont-levis, décorer tes créneaux de mes doigts curieux, et emplir tes meurtrières de mes carreaux vengeurs.

La terre m’appelle et m’engloutit dans son désir. La terre et l’eau jaillissent sur mon ventre heureux et m’éclaboussent entier, j’oublie et me laisse emporter dans ce torrent de volupté.

Inspiration sur Procession

Les sens en alerte je m’enfonce profondément dans la jungle des tes pensées tumultueuses ; je ne viendrai pas à bout je crois de ce tourment là ; je passe tes fantasmes et tes rancœurs et sombre dans les abysses de tes idées sales… tu es le mal, tu es mon mâle, mon animal indomptable, mon cannibale, mon chien galeux, mon amoureux. Je t’adore et je te hais car tu me ressembles, mon amant schizophrénique. Je frissonne, je tremble. Ton égo est maléfique, toi mon amour oblique…

Je t’aime, je t’aime, je t’aime et je te hais
Je te hais, je te hais, je te hais mais je t’adore
Toi mon cador, mon chant de maldoror, mi amor, tu es le reflet de mes turpitudes, de mes troubles, de mes incertitudes…
Toi, mon double poétique tac tic tac tic tac tic…

Michal Batory

Michal Batory est un graphiste né a Łódź en Pologne le 25 août 1959 surtout connu pour son travail sur les affiches. Il s’installe à Paris à la fin des années 80 et travaille pour le Théâtre National de Chaillot, le Théâtre National de la Colline ou encore pour l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique).

FLEURS

 

Peau neuve

Je traînais dans Bordeaux
Une bouteille à la main
Dans ma robe d’un soir rouge
Et dans mes escarpins
Je traînais dans Bordeaux
Comme traînent les chiens
Buvant, pissant, sniffant de bars en bars
Jusqu’au petit matin

Puis j’échouais au fleuve
Observant ses remous
Vomissant mon dégoût
Comme il charrie sa boue
Lentement vers l’estuaire
Lourdement vers la mer
Afin de faire peau neuve

Je traînais dans Bordeaux
Avançant au hasard
Allant de bouges en bouges
Et me perdant sans fin
Je traînais dans Bordeaux
Cherchant une âme brune
Pour pleurer avec moi
Et hurler à la lune

Puis j’échouais au fleuve
Écoutant ses remous
Vomissant mon dégoût
Comme il charrie sa boue
Lentement vers l’estuaire
Lourdement vers la mer
Afin de faire peau neuve

Je traînais dans Bordeaux
Comme on traîne des pieds
Sans envie, sans passion
Et surtout sans raison
Je traînais dans Bordeaux
Cherchant un corps tatoué
A coller contre moi
Pour danser, pour m’aimer

Je traînais dans Bordeaux
Jusque le long du fleuve
vomissant mon dégoût
Afin de faire peau neuve